vendredi 2 mars 2018

Athéisme en Égypte



Hypatie d’Alexandrie

Les monothéistes ont toujours vécus dans la peur des livres dont-ils ne sont pas les auteurs - CRAB

L’Égypte prépare une loi pénalisant l'incroyance. L'incarcération des athées deviendrait légale. Cela nous choque. Nous oublions que Platon y rêvait déjà, et Voltaire encore un peu. Notre incroyance ordinaire serait-elle une parenthèse dans l'Histoire ?
Au Caire, la police a fermé le « Café des athées ». Et le parlement égyptien préparerait une loi pénalisant l'incroyance. Ainsi, demain, dans ce pays, peut-être sera-t-il possible d'aller en prison si l'on pense que Dieu n'existe pas, et qu'on refuse soit de mentir soit de se taire. Pareille éventualité se situe aux antipodes de tout ce que nous estimons normal, humain et juste.
Trois bons siècles de droits de l'homme - élaborations de leurs fondements, mises en œuvre de leurs contenus - nous ont convaincus que les croyances sont à respecter et l'incroyance aussi. En outre, « ne pas croire » est devenu pour nous, désormais, si répandu, si banal et si familier que nous n'avons plus en tête combien ce fut longtemps scandaleux. Nous oublions que l'évidence inverse existe : en d'autres lieux, en d'autres temps, incroyance et athéisme sont objets de scandale et d'horreur.
L'athéisme comme une menace
Il ne faut donc pas considérer cette affaire égyptienne comme purement anecdotique. Elle l'est aussi : en période préélectorale, le régime du Président Al-Sissi souhaite visiblement adresser quelques signes, purement symboliques, à la rue. Simple question de politique locale, de tactique ? Pas seulement, car si l'on considère ce projet comme un symptôme, et qu'on ouvre grand la focale historique, ce qu'on observe est tout différent. La question de l'athéisme considéré comme menace à combattre, délit pénalisable, voire crime inexpiable n'est pas nouvelle, ni spécifiquement musulmane.
Sans doute pensera-t-on d'abord à l’Église - catholique, apostolique et romaine - et à l'Inquisition, diabolisant le moindre doute, cultivant l'idée qu'un début de mise en cause de l'existence de Dieu signale une emprise du Malin sur les âmes. On aura raison, mais partiellement. Parce que ce sont des hérétiques qui se retrouvaient sur les bûchers, c'est-à-dire des gens qui croyaient à un autre dogme, et non des athées à proprement parler. Parce qu'être athée, au sens moderne, était pratiquement impossible dans le cadre mental du Moyen-Âge et de la Renaissance, comme l'a mis en lumière le grand historien Lucien Febvre dans une étude devenue classique (1).
Peine de mort
En fait, pour trouver exprimée la volonté explicite de jeter les athées en prison, il faut scruter en aval et en amont, avant et après la toute-puissance de l’Église, c'est-à-dire dans la Grèce antique et au siècle des Lumières. Dans l'Athènes classique, on ne saurait oublier que Platon, dans les Lois, son dernier dialogue, préconise le cachot pour ceux qui mettent en cause l'existence des dieux. Il prévoit même la peine de mort pour les récalcitrants qui persistent dans leur provocation et se révèlent impossibles à fléchir. Le motif : de tels esprits sont des ferments de discorde et de désorganisation, donc des dangers majeurs, aux yeux du philosophe, pour toute Cité juste.
Il ne faut pas oublier non plus combien Voltaire, en plein combat pour « écraser l'infâme » (le clergé et son pouvoir, le fanatisme et les superstitions) ne cesse de s'en prendre aux athées, parce qu'il les suppose de s'affranchir de toute morale. Voltaire est libre penseur, mais ne juge pas que pareille liberté doive être partagée par tous. Il préfère que le peuple soit tenu en bride. Et pour cela rien de mieux que les freins de la religion et la crainte du châtiment divin. « Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer », écrit Voltaire. Cette formule célèbre anticipe sur le constat du Dimitri des Frères Karamazov de Dostoïevski : si l'homme devient « roi de l'univers », au nom de quoi sera-t-il encore vertueux ?
Sécularisation du monde
On voit que le symptôme égyptien est plus qu'une anecdote. Il débouche en fait sur une nuée de questions. Certaines ont été mille fois débattues. Par exemple : l'athéisme rendrait-il immoral ? Si ce n'est pas le cas, sur quoi donc se fonde exactement une morale sans Dieu ? D'autres commencent seulement à émerger. Ce qui nous paraît irréversible - sécularisation du monde, protection du droit de ne pas croire comme du droit de pratiquer une religion ou d'en changer, coexistence des credo - pourrait-il laisser place à une toute autre configuration ? Notre athéisme ordinaire ne sera-t-il, un jour, qu'une parenthèse dans l'histoire de l'humanité ? Dans quelle mesure un secteur carcéral réservé aux athées est-il ou non comparable, en miroir, aux quartiers pénitentiaires dédiés aux « radicalisés » ? Nous n'avons pas encore de réponses à ces questions. Mais nous devrions, au moins, avoir les questions. Et savoir les déjouer.
(1) Lucien Febvre. Le problème de l'incroyance au XVIe siècle. La religion de Rabelais (1942, Rééd. Albin Michel, 2014)
Roger-Pol Droit

Le récit d’un Univers créatif nous apprend que nous sommes tous des poussières d’étoiles. Nous sommes des êtres interdépendants dont le bonheur dépend de celui des autres. Sachons ne pas l’oublier. Henri Génard

« La spiritualité, c’est la vie de l’esprit, la vie de la conscience humaine qui s’affranchit de l’immédiat. .../..

Un artiste qui crée des œuvres qui dépassent les limites du vécu immédiat, de l’utilité immédiate, fait œuvre spirituelle

Un savant qui élucide les lois du réel ou un philosophe qui réfléchit sur les principes de la lucidité et de la sagesse font aussi œuvre spirituelle » Henri Pena-Ruiz


Reflet de la pulsion de mort, le monothéisme est la racine du pire des sectarismes – son-invention dans les temps anciens avait signé l’acte de naissance du sectarisme

La mort est absence de sensation [ Épicure ] - la meilleure façon pour le philosophe de rappeler qu’il ne peut-y avoir d’arrière-mondes* ( *: paradis - enfer ou ciel peuplé de...) - compte tenu d’une absence de sensation parfaitement vérifiable, par déduction, désormais, nous savons qu’il n’y a rien à craindre de la mort contrairement à ce qu’imagine un croyant monothéiste la personne athée sait qu’elle ne sera pas récompensée ni punie qu’elle ait fait, durant sa vie, bien ou mal

La France n’est ni le pays de Platon ni celui de Voltaire mais de Démocrite, d’Aristophane, d’Ésope, d’Épicure, de Lucrèce, d’Hypatie, de Ninon de Lenclos, de La Fontaine, de Jean Meslier, d’Émilie du Châtelet, de Condorcet, de Mozart, d’Olympe de Gouges, de Georges Sand, de Marie Curie, de Jean Moulin, de Simone Veil, de Robert et Élisabeth Badinter - CRAB
Suite : déroulé d’articles sur l’athéisme

L’Égypte, elle fut martyrisée par les chrétiens, à présent elle set martyrisée par l’inquisition musulmane - Suite 2 : Lettre à Hypatie d’Alexandrie

4 commentaires:

  1. La mort est absence de sensation.
    Platon aurait dû entrer en psychanalyse. L'esprit et le corps sont inséparables puisque nul n'a jamais entendu l'esprit d'une personne faire des commentaires après sa mort. mort physique - mort de l'esprit.
    À l'École, de toute urgence, enseigner le Fait Athée en contrepartie du fait religieux.

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  2. Lors d'une émission de la télévision égyptienne, un jeune homme ayant affirmé son athéisme a été expulsé du plateau et invité à se rendre à l'hôpital psychiatrique, par un présentateur dans un état second.

    La scène est difficile à croire. Elle s'est déroulée le 11 février sur le plateau de la chaîne égyptienne Alhadath Alyoum TV. L'Institut de recherche des médias du Moyen-Orient (MEMRI) l'a relayée ce vendredi, diffusant la vidéo de ce moment surréaliste où un jeune homme athée est expulsé d'un débat pour avoir eu l'outrecuidance… de ne pas croire en Dieu.
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    Dans cette séquence, le calme du "mécréant" contraste avec l'hystérie bigote du présentateur télé, Mahmoud Abd Al-Halim. Le jeune homme, qui s'appelle Mohammad Hashem, énonce son opinion tout à fait tranquillement : "Je suis athée, cela veut dire que je ne crois pas en l’existence de Dieu. Je ne crois pas en Lui." Une affirmation qui fait d'abord réagir un troisième homme présent sur le plateau, le cheikh Mahmoud Ashour, membre de l'université cairote d'Al-Azhar : "Quoi ? Qu'est-ce que c'est que ça ?". Mohammad Hashem répond de manière polie : "Je n’ai pas besoin de la religion pour avoir des valeurs morales, ou pour être un membre productif de la société".

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  3. Suite : "Je suis désolé, Mohammad mais vous ne pouvez pas rester avec nous dans l’émission"

    Il n'en fallait pas plus pour déclencher la colère éruptive du présentateur égyptien, qui apostrophe sans ménagements son invité : "Qui vous a créé ? Comment existez-vous dans ce monde ?". Son interlocuteur tente alors de lui expliquer qu'il adhère plutôt à la théorie du Big Bang, présentant "beaucoup plus de preuves que le créationnisme, ce à quoi Mahmoud Abd Al-Halim répond : "Parlez arabe ! Vous êtes en Egypte,et vous vous adressez à des personnes normales, donc n’utilisez pas des grands mots sans raison."

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  4. Suite : Surréaliste, l'échange se poursuit par une excommunication express du jeune athée par le présentateur : "Vous êtes confus, et pas digne de confiance. Vous niez l'existence de Dieu, et rejetez notre religion et nos principes". Un crime de lèse-divinité pour le "journaliste" fanatisé, qui achève le débat d'un ton péremptoire : "Vous offrez l’athéisme ! Vous offrez l’hérésie ! Je m’excuse auprès des téléspectateurs pour avoir un Egyptien de ce genre-là dans notre émission. Je suis désolé, Mohammad mais vous ne pouvez pas rester avec nous dans l’émission. Parce que vos idées sont inappropriées, je suis triste de le dire. Nous ne pouvons promouvoir des idées si destructrices."
    L'athéisme en danger en Egypte

    C'est alors que le cheikh Mahmoud Ashour reprend la parole pour diagnostiquer… la folie du jeune athée. "Ecoutez, chez Mohammad, vous avez besoin d’un traitement psychiatrique. Beaucoup de jeunes personnes aujourd’hui souffrent de maladies mentales, en raisons de circonstances matérielles ou mentales…". Evidemment, le présentateur embraie, enjoignant Mohammad Hashem de "quitter le studio pour aller directement à l’hôpital psychiatrique". Le jeune homme s'exécutera avec un sourire navré.

    Ridicule, voire risible, la séquence n'en est pas moins révélatrice de l'ambiance actuelle en Egypte, où le rigorisme moral fait des ravages et la liberté de conscience menacée : le Parlement égyptien s'apprête en effet à étudier un projet de loi visant à criminaliser l'absence de croyance en Dieu. Publication Marianne.

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